Le blog de la collectionneuse de papillons

Collection d’acalèphes : Niobé

Par Ada, Lundi 20 août 2007 :: La Collectothèque

Niobé Reysinah, 25 ans, professeure de lettres à Aunay-sur-Odon, lit des romans graphiques en écoutant le bruit de la pluie et de la télévision. Elle collectionne les carnets, les cahiers, les calepins, les bloc-notes, les agendas, et tout objet tissé de fibres végétales à travers lesquels sa vie se reflète en filigrane [filigrane, fil d’Ariane, fil à coudre, fil de l’histoire, de fil en aiguille, une aiguille dans une botte de paille, paille-en-queue, queue de pie, pyjama, matador, dormir…]

un rêve ?

Par Ada, Lundi 20 août 2007 :: La Questionothèque

je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

je suis ce rêve étrange et pénétrant

il m’a envahi, englouti, anéanti

des paillettes plein les doigts je m’essuie le visage mais rien ne peut effacer la trace que ce rêve a laissé dans ma chair comme une énorme cicatrice bleutée

il s’agite sous mes lèvres, mes paupières, à chaque articulation, je le sens peser de tout son poids de rêve mort

j’ai son parfum collé à mes vêtements,

il est le fil d’Ariane qui me permet de retrouver mon chemin en moi même pour découvrir finalement ce Minotaure aux cheveux raides et bruns comme une tempête de boue sur une plage de pierres noires

le Minotaure me regarde

il me ressemble

il a la gueule grande ouverte

j’ai son souvenir qui cogne à mon front, comme autant de minuscules tintements, de pépiements d’oiseaux fous pris au piège d’une lumière artificielle

je suis ce rêve qui me monte à la tête comme un alcool dont l’ivresse me rendrait à la fois malade et bienheureuse

j’ai froid là

aux pieds

mon rêve est devenu livide

il tremble

et me fait trembler avec lui

de tout notre être

Collection d’acalèphes : Quentin

Par Ada, Vendredi 17 août 2007 :: La Collectothèque

Quentin Thamare 

30 ans, garagiste à Moteaux-Couliboeuf, déchire une lettre, une facture, une carte postale. Collectionne les bocaux de pharmacie en verre dépolie et aux capsules verdies par le temps. [Vert d’eau, vert turquoise, vert pâle, vert clair, vert amer]

Collection d’acalèphes : Clélia

Par Ada, Vendredi 17 août 2007 :: La Collectothèque

Clélia Anitalina

22 ans, bouquiniste à Balleroy, retape la devanture d’une ancienne boucherie. Ponce. Cloue. Peint les lambris de bois bleus [qui est d’une couleur, entre l’indigo et le vert, dont la nature offre de nombreux exemples, comme un ciel sans nuage (azur), certaines fleurs (le bleuet) , le saphir] Collectionne les pampilles de lustres, plafonniers et autres luminaires. Leurs ampoules aussi parfois [Placez-les au plafond (dans un lustre ou un abajour) ou en applique sur les murs. Pour le branchement, utilisez une douille appropriée (vis ou bayonette). Amener la phase (via l’interrupteur) le neutre et la terre. Protégez le circuit par un disjoncteur (ou un fusible)]

où ?

Par Ada, Vendredi 17 août 2007 :: La Questionothèque

Ici je me vois vivre parfois. Si je reste un instant, immobile dans un coin, je peux me voir passer, déambuler sans vraiment me reconnaître. Qui est-ce ? Que fait-elle là ? Je m’ étonne car ici ce n’est pas chez moi. Chez moi il y a des arbres, il y a du ciel, les volets ne laissent pas passer la lumière, il n’y a pas de réverbère sur le trottoir. Chez moi, tant que je n’aurais pas moi même un royaume à léguer, ce sera là-bas. Là où je feuillette inlassablement les mêmes livres, là où les meubles qui ont changé de place cachent de mystérieux passages secrets vers notre enfance. Avec ses tempêtes et ses cabanes. Nous y avons grandi. Tout porte notre trace. Même si c’est illusoire, même si nous le savons, tout semble éternel. 

Des royaumes d’enfance comme celui-là ne sont pas exceptionnels. Pas de tours ni de donjons. Pas de pont levis ni de souterrains. Mais bien plus que ça. C’est un royaume qui n’en finit pas. Aucune carte ne le mentionne et pourtant nous connaissons la route par coeur.

Chacun a le sien. Chacun sait où il se situe exactement. Chacun sait pourquoi il l’a abandonné, que c’est le temps qui nous fait ça. Et ceux qui habitent les royaumes d’enfance désertés savent mieux que quiconque ce que l’on peut perdre à quitter ce royaume. Et savent aussi très bien ce que l’on peut perdre à y demeurer.

 Mais finalement on n’abandonne jamais complètement son royaume d’enfance, comme un laboureur qui jusqu’au bout cultive quelques parcelles de son champ en jachère, chacun ménage dans son avenir un moment - un WE, quelques vacances, une retraite- où il reprendra en mains les clefs de ce royaume. Et si le royaume a été vendu, il le rachètera. Et si le royaume a été détruit, il en cultivera le précieux souvenir dans des albums photos ou sur de simples feuilles de papier.

C’est comme ça : sous les fondations du royaume d’enfance nos cadavres bien avant nos propres corps sont enterrés. Car les royaumes d’enfance sont des maisons hantées.

Et nous en sommes les visibles fantômes.

Je blogue, tu blogues, nous bloguons, mais POURQUOI ?

Par Ada, Jeudi 16 août 2007 :: La Questionothèque

Juste une question :

qu’est-ce que je cherche lorsque je viens ici ?

Il est des questions pourtant très personnelles qui ne semblent pouvoir trouver leur réponse que dans l’altérité…

Collection de noms tout ronds

Par Ada, Jeudi 16 août 2007 :: La Collectothèque

Cantahar Azurée de la Jarosse Apolline Arlequinette jaune Théodore Atlantide Pieride du chou Eléonora Etidorhpa Mélitée des centaurées Zénaïde Laputa Ecaille lièvre Acaire Hyppolite Phalène du fusain Cléante Ptyx Fadet des garrigues Neverland Néréa Noctuelle frangée Clélia Céléphaïs

Biographie d’une Colette-tioneuse

Par Ada, Jeudi 16 août 2007 :: La Collectothèque

Je suis une petite, une toute petite collectionneuse,
J’ai les joues rouges d’être restée si longtemps dans le vent,
J’ai les mains moites de mes étranges découvertes
Une nuit en regardant là, sous mes paupières calmes, à l’endroit même où la pupille rencontre la peau,
J’ai trouvé les corps éperdus, couchés dans le sable noir
De milliers d’insectes fous.
Et sur leurs élytres pourpres
Etaient tracés des signes inconnus.
Des mots anciens
Des mots latins
Des mots-valises
Des mots créoles
Des noms d’oiseaux
Des noms de rue, de ville, de continents
Des prénoms d’enfants qui deviendront grands
Des mots, des milliers de mots, des mots à perte de vue
En filigrane sous l’écaille brune
De milliers d’insectes fous
Je n’en croyais pas mes yeux fermés.
Alors j’ai commencé à les collectionner.
Je les ai détachés de mes chevilles, de mes poignets, de mes phalanges où ils s’étaient agrippés,
Et je les ai regardés, longtemps,
Très longtemps.
Je les ai pris dans mes mains,
Je les ai sentis, reniflés, comme un petit animal avide,
Je les ai portés à ma bouche,
Je les ai goûtés,
Un par un,
Et je garde à jamais le parfum de leur chair contre mon palais.